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vendredi 16 février 2007, 22h13
CONAKRY (AFP) - La Guinée a rejeté vendredi l'envoi d'une commission d'enquête internationale après plusieurs semaines de manifestations hostiles au pouvoir qui ont fait au moins 113 morts et conduit le président Lansana Conté à décréter un état de siège très sévère. Dans le même temps, la France a indiqué être prête à évacuer plusieurs milliers de ressortissants étrangers, soulignant les inquiétudes de la communauté internationale devant une crise qui n'est toujours pas résolue même si l'état de siège a abouti à un retour au calme dans le pays.
Une amorce de retour au dialogue a eu lieu jeudi entre leaders syndicaux et responsables de l'Etat et de l'armée. Les parties doivent se retrouver samedi. Les violences de janvier-févier ont fait l'objet de nombreuses condamnations, dont celles du Parlement européen qui a appelé à l'envoi sur place d'une commission d'enquête internationale.
Dans la soirée, le ministre de la Justice Alsény René Gomez a rejeté un telle idée, estimant que "dès l'instant où une commission d'enquête a été mise en place au niveau national, la question d'une commission internationale ne se pose pas". Le garde des Sceaux a expliqué qu'une commission nationale avait déjà été créée avec des magistrats, des gendarmes, des responsables du Conseil national des organisations de la société civile et des syndicats, précisant toutefois que l'Organisation guinéenne des droits de l'Homme (OGDH) et le groupement des avocats guinéens avaient refusé d'y participer. "Nous sommes favorables à une enquête internationale car on ne croit pas à l'objectivité de cette commission", a précisé à l'AFP le président de l'OGDH Thierno Maadjou Sow. Le Conseil de paix et de sécurité de l'Union africaine (UA) a pour sa part décidé vendredi d'appuyer une enquête nationale guinéenne sur les violences. Dans les rues de Conakry, la présence militaire a été allégée vendredi. Seuls quelques barrages ont été maintenus à des points sensibles de la capitale et - fait inédit - des hélicoptères de l'armée ont survolé le centre-ville dans l'après-midi. Dans la capitale et en province, aucun trouble n'a été constaté vendredi par l'AFP et des habitants joints au téléphone. Mais la situation préoccupait toujours la communauté internationale. Le président français Jacques Chirac a annoncé que Paris se tenait prêt à évacuer les 2.000 Français, 4.000 libanais et 500 à 600 Américains se trouvant dans le pays, alors que le bureau régional des Nations unies à Dakar a indiqué avoir "commencé à évacuer une partie du personnel non essentiel" en Guinée. A Cannes (sud de la France), le sommet Afrique-France a adopté une résolution "appelant fermement les autorités guinéennes" à "sortir de l'impasse, à protéger les populations civiles et à enclencher un processus politique". Par ailleurs, la journée de vendredi a été endeuillée par l'annonce de la mort de vingt-deux prisonniers, asphyxiés mercredi à Nzérékoré (sud-est de la Guinée) dans l'incendie d'une prison provoqué par des détenus qui tentaient de s'échapper. Le chef de l'Etat guinéen, au pouvoir depuis 23 ans, a décrété le 12 février un état de siège extrêmement contraignant, qui prévoit notamment un couvre-feu de 18 heures sur 24. Cette décision avait suivi l'annonce par les syndicats de la reprise d'une grève générale illimitée, suspendue le 27 janvier à la suite d'un accord avec la présidence. La relance de la grève avait été décidée après la nomination le 9 février du ministre Eugène Camara au poste de Premier ministre. Ce dernier est jugé trop proche du chef de l'Etat, selon les syndicats, qui avaient convenu avec les autorités de la désignation d'un chef de gouvernement "de consensus".
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